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  • d'Autres Vallées

     

     

    Philippe Mouratoglou

    guitares classique, folk 6 & 12 cordes, baritone

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    UN LIVRET DÉPLIANT INÉDIT (2 X 85 CM) DESSINÉ PAR EMMANUEL GUIBERT ACCOMPAGNE LE DIGIPACK

     

     

    Si le précédent disque solo de Philippe Mouratoglou s’appelait Exercices d’évasion, celui-ci aurait pu s’intituler l’Art de la fugue, mais au sens libératoire du terme : tel un fugueur fuyant le carcan des académismes et des étiquettes, cet artiste passionnant ne fait que réaffirmer l’unité esthétique de la musique, du populaire au savant, de la Renaissance au contemporain.

    Evidemment, direz-vous, mais n’est-ce pas là ce que font tous les musiciens soucieux de composer un programme qui mélange, assez banalement, les genres et les époques ? Eh bien, précisément, non. Philippe Mouratoglou ne mélange pas les genres, pas plus qu’il ne cède aux séductions faciles d’une « fusion » mise à toutes sauces. Son choix est tout autre : garder à chaque expression sa spécificité, son caractère, et tisser des passerelles entre ces formes, sans les confondre.

     

        Deux œuvres majeures du XXème siècle  écrites pour la guitare classique— La Sonata de Leo Brouwer et le Nocturnal op. 70 de Benjamin Britten— établissent les lignes de force de ce programme. L’œuvre de Britten, écrite en 1963 pour le grand guitariste britannique Julian Bream, est une série de variations/digressions sur Come Heavy Sleep, l’une des plus célèbres Lute Songs du génie élisabéthain John Dowland. Particularité qui n’est pas un détail : il s’agit de huit variations « à l’envers » qui partent de la proposition la plus éloignée, la plus spéculative, pour se rapprocher progressivement du thème original de Dowland, énoncé dans toute sa pureté au neuvième tableau, noté Slow and quiet. Outre sa difficulté technique, l’œuvre se distingue par sa gestion extrêmement complexe de la durée, et il faut toute la vision panoptique d’un grand interprète pour ne pas se perdre dans ses méandres. Philippe Mouratoglou parvient à maintenir suffisamment de tension pour rendre l’écoute passionnante de bout en bout.

    La Sonata de Leo Brouwer, écrite en 1990, exprime la quintessence du style si particulier de son auteur, autant attaché à son héritage caraïbe  (le premier mouvement, Fandangos y boleros) qu’attentif à toutes les expressions de la modernité (Sarabanda de Scriabine).

    Entre ces deux monuments, Philippe Mouratoglou entrelace des improvisations sur guitare folk six ou douze cordes qui dessinent autant de points de fuite vers un univers où les notions de nouveau et d’ancien céderaient la place à l’unité d’une expression toujours moderne. Il n’est qu’à voir comment il revivifie, dans la Passacaille pour Luc, le rythme obstiné de l’ancienne danse baroque pour en faire voir tous les possibles actuels. Les « autres vallées », improvisées sur des instruments à cordes métal qui  évoquent l’orpharion et la bandora , ces cousins du luth de l’Angleterre renaissante, offrent de saisissantes perspectives de méditation, tout uniment légères et profondes.

     

    Comme Britten était parvenu à faire voir sous une lumière vive l’incessante nouveauté de John Dowland, comme Brouwer réussit à marier dans un même geste les rythmes afro-cubains et l’harmonie « mystique » d’Alexandre Scriabine, Philippe Mouratoglou utilise tous les modes de jeu pour déjouer les époques et les frontières. Ces « autres vallées »,  qui joignent des mondes apparemment lointains, démentent le proverbe selon lequel les montagnes ne se rencontrent jamais.

    Elles se rencontrent, ici même.

     

     

    Gilles Tordjman

     

  • Philippe Mouratoglou

     

    Depuis les années soixante, les guitaristes courent les rues. Les guitaristes classiques de façon plus discrète, quoiqu’en nombre conséquent… Quant à ceux qui — partant d’une formation classique — se sont ouverts avec bonheur aux versions folk et électrique de l’instrument comme à l’abondante diversité de musiques qu’elles permettent de pratiquer, on les compte sur les doigts d’une main.

     

     Autant dire que Philippe Mouratoglou est un oiseau rare au pays des six-cordes, d’autant qu’il improvise aussi, et ajoute parfois à son instrument sa voix ou celle d’une soprano : Ariane Wohlhuter.

     

     Formé par Pablo Marquez, Wim Hoogewerf et Roland Dyens, Philippe Mouratoglou a vite éprouvé le besoin d’étendre sa palette expressive et son répertoire : de la Renaissance à la musique contemporaine en passant par la musique traditionnelle, du blues de Robert Johnson — revisité de façon personnelle et inspirée en compagnie des clarinettes de Jean-Marc Foltz et de la contrebasse de Bruno Chevillon — à un dialogue avec la guitare flamenca de Pedro Soler autour d’Isaac Albeniz. Rien d’étonnant, donc, à ce que son trio « So full of shapes… » joue aussi bien John Dowland que Benjamin Britten, ni à ce que son disque « O Gloriosa Domina » paru en 2005 couvre cinq siècles de musique.

     

     Rien d’étonnant, enfin, à ce que Philippe Mouratoglou ait invité Jean-Marc Foltz et le producteur Philippe Ghielmetti à créer Vision Fugitive, un nouveau label qui apporte une bouffée d’air frais dans un monde musical souvent bien cloisonné.

     

     

    Thierry Quénum

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